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Dépression post partum: halte au tabou

"La dépression postnatale: sortir du silence" est paru en août dernier aux éditions Favre. Ecrit par la pédopsychiatre Nathalie Nanzer, médecin responsable de l'Unité de Guidance infantile du Service de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent des HUG, ce livre attire l'attention sur une pathologie souvent méconnue.

On associe souvent baby blues et dépression post partum. Est-ce la même chose ?

Non, ce sont deux choses différentes, bien que encore trop souvent confondues. Le baby blues est une réaction physiologique au changement hormonal induit par l'accouchement. Il apparaît rapidement après la naissance et disparaît de lui-même après une semaine au maximum. Le baby blues touche 50 à 70% des mamans, il se traduit par une forte émotivité, des crises de larmes, une irritabilité. Il ne s'agit pas d'une maladie. La dépression post partum est une réelle maladie, qui touche 13% des jeunes mamans. Elle peut débuter jusqu'à une année après l'accouchement. Non traitée, elle peut durer plusieurs années et avoir de graves conséquences sur la femme, le couple et l'enfant.

La dépression post partum est-elle tabou?

Malheureusement, c'est encore trop souvent le cas. La naissance d'un enfant est une étape clé dans la vie d'une femme qui met beaucoup d'espoirs dans cet événement. Lorsque le bonheur n'est pas au rendez-vous, la surprise et la désillusion sont énormes. La société contribue à idéaliser cette période en ne mettant en valeur que les aspects d'épanouissement de la femme qui devient mère. Cette croyance contribue au tabou de la souffrance psychique qui peut accompagner la naissance d'un enfant. La jeune mère se sent coupable de ne pas correspondre à l'image de femme épanouie qu'on attend d'elle, elle remet en cause ses capacités maternelles et estime être une mauvaise mère. Donner la vie, c'est aussi faire son propre bilan de vie, ce qui n'est pas toujours qu'une partie de plaisir et mène parfois à la dépression!

Quels effets la dépression de la mère peut-elle avoir sur l'enfant ?

Une mère déprimée a moins de disponibilité psychique. Elle est là physiquement, mais elle est prise par sa propre souffrance. Il y a donc moins d'interaction entre la mère et son enfant. Et la qualité des interactions sera moins bonne. Comme l'enfant se construit à partir des échanges avec ses parents, on peut constater des manifestations liées à la dépression maternelle très tôt, après quelques semaines déjà. Des troubles du sommeil, de l'alimentation, ou des pleurs excessifs. Plus tard, si la dépression n'est pas traitée, certains enfants souffriront de problèmes de développement, de retards ou de troubles de la relation et de la communication. Ce n'est toutefois pas la règle, chaque enfant réagit différemment, en fonction de sa sensibilité et de ses caractéristiques propres.

Les femmes que vous recevez ont-elles l'impression d'être bien informées ?

Non, pas du tout. Au cours d'une étude menée à la Guidance infantile sur des femmes enceintes à qui nous avons proposé un entretien de dépistage de la dépression, 46% d'entre elles n'avaient jamais entendu parler de cette pathologie et 95% d'entre elles seraient favorables à un dépistage systématique. De nombreuses femmes ont témoigné de leur soulagement d'avoir trouvé un lieu d'écoute. Depuis lors, un groupe de travail a développé un " Entretien prénatal " conduit par des sages-femmes, entièrement consacré aux ressentis de la femme en lien avec son accès à son nouveau statut de mère. Un dépistage de la dépression y est également effectué ainsi qu'une orientation vers les différents lieux de soins si nécessaire. Cet entretien est proposé gratuitement dans trois lieux à Genève : la Maternité et le Planning familial des HUG ainsi que l'Arcade Sages-Femmes. (flyer si on veut une illustration)

Le rôle du père de l'enfant ou de la famille est important également. Ils doivent accepter et reconnaître qu'il puisse y avoir une souffrance sans raison apparente. Plus le problème sera reconnu par l'entourage, plus les femmes seront encouragées à consulter.

Votre livre est le premier ouvrage en français publié sur cette pathologie. Comment l'expliquez-vous ?

J'ai été très surprise de constater qu'aucun livre n'avait encore été spécifiquement dédié à ce thème qui préoccupe pourtant beaucoup les professionnels et constitue un important problème de santé publique. Entre 20 et 40 ans, environ 1 femme sur 4 traverse un épisode de dépression et en particulier dans le cadre d'une maternité. Il me parait essentiel qu'une prise de conscience ait lieu, non seulement sur la maladie dépressive périnatale, mais également sur les difficultés " normales " liées à cette étape passionnante qu'est la maternité dans la vie d'une femme.

Vous avez utilisé des témoignages de patientes pour rédiger votre livre. Est-ce pour être plus proche des patientes et moins théorique ? Ce livre était-il un besoin, une évidence liée à votre pratique quotidienne ?

Mes patientes, les mamans des petits patients que je reçois et les femmes qui ont participé aux différentes études sur le sujet sont au centre de mon ouvrage. Ce sont leurs témoignages, leur solitude et l'importance de leurs attentes qui m'ont motivée à écrire ce livre. Leur soulagement lorsqu'elles réalisaient qu'elles souffraient d'une maladie et qu'elles n'étaient pas de "mauvaises mères". Ce livre est en fait un message d'espoir pour les jeunes parents en souffrance; la majorité des dépressions postpartum se traite étonnamment rapidement et sans médicament, à condition d'offrir à ces femmes et à ces hommes (car eux-aussi sont concernés!) un espace et une écoute adaptés.