Vaincre l'obésité: une lutte sur plusieurs fronts

La Clinique des Grangettes collabore également avec deux médecins spécialisés en éducation thérapeutique pour maladies chroniques. Leur rôle consiste à apprendre au patient à vivre avec son obésité. «Opérée ou pas, la personne obèse reste à risque toute sa vie», explique le Dr Sophie Derivaz Mastrogiacomo. «Elle doit donc apprendre à mieux se connaître, à comprendre les causes et les conséquences de sa maladie pour en améliorer la gestion.» Grâce à un suivi personnalisé, le patient se construit lui-même un programme de changement. «Il ne s'agit pas de bouleverser la vie de la personne, mais d'instaurer, avec elle et en douceur, des petits changements, réalisables, comme par exemple démarrer une activité physique ou réduire la quantité de nourriture ingérée», souligne le Dr Derivaz.

Suivi à vie

Avant son opération, le patient rencontre également une diététicienne. Le bypass oblige en effet à changer sa manière de manger: pour que les aliments « passent », il faut beaucoup mâcher, manger lentement. Par ailleurs, durant un mois après l'opération, le patient ne peut consommer que des aliments mixés. Le rôle de la diététicienne est d'expliquer tous ces aspects au patient, de le conseiller pour qu'il mange équilibré malgré ces impératifs.


La prise en charge du patient obèse ne s'arrête pas avec l'opération. Aux Grangettes, la diététicienne revoit le patient pendant douze mois après la réalisation du bypass. Si nécessaire, un suivi auprès de la psychologue peut aussi être envisagé. Par ailleurs, la perte de poids du patient et l'évolution de sa santé sont surveillées de près par le Dr Chassot. Ce suivi s'espace avec le temps, mais dure à vie à raison d'une fois par année. Le bypass entraînant une malabsorption, le médecin veillera notamment à ce que le patient ne souffre d'aucune carence. «Le bypass entraîne souvent une prise de vitamines à vie», souligne le Dr Chassot. «Cette opération nécessite donc un véritable engagement, qu'il convient de ne pas négliger.»

La chirurgie est une méthode efficace pour aider les personnes souffrant d'obésité massive. A condition qu'un suivi diététique et psychologique soit assuré avant et après l'opération.

Vaincre l'obésité: une lutte sur plusieurs fronts

N

athalie, 38 ans, a perdu 50 kilos grâce au bypass. Sur un plateau télé, elle vient exhiber sa nouvelle silhouette devant un public ébahi. Assis devant votre poste de télévision, vous vous prenez à rêver: «et si un coup de bistouri vous faisait retrouver la ligne de vos 20 ans...»

Le bypass a-t-il vraiment le pouvoir magique que le tout public lui attribue? «La chirurgie est en effet actuellement la seule approche qui permette une perte de poids satisfaisante à long terme chez les personnes souffrant d'obésité sévère», reconnaît le Dr Gilles Chassot, chirurgien à la Clinique des Grangettes. «Chez ce type de patients, les régimes ont montré avec le temps qu'ils étaient inefficaces, voire contre-productifs. Les personnes reprennent quasi toujours le poids perdu et développent, à force de régimes, des troubles du comportement alimentaire.» La chirurgie, elle, montre des résultats beaucoup plus probants. En Suisse, la technique la plus utilisée – réservée aux patients souffrant d'obésité sévère (lire encadré) - est le bypass. Cette technique, que pratique le Dr Chassot, permet en moyenne une perte de 60% de l'excès pondéral, et est efficace chez plus de 80% des patients opérés.

«Le bypass permet d’obtenir des résultats spectaculaires. Mais cette technique n’est rien sans la préparation effectuée par les diététiciens et psychologues», relève le Dr Chassot. Ce que les médias ne soulignent que rarement, en effet, c’est que le bypass conduit très souvent à l’échec si la personne n’a pas corrigé son comportement alimentaire, généralement perturbé, avant de se faire opérer.

Le patient perdra bel et bien des kilos les premiers mois après l’opération, mais il les reprendra progressivement jusqu’à revenir, parfois, à son poids de départ, voire plus. «La personne qui n’a pas réglé ses troubles alimentaires reprendra peu à peu ses mauvaises habitudes. Avec un bypass, elle ne peut certes plus manger de grosses quantités à la fois, mais rien ne l’empêche de grignoter toute la journée», explique le médecin.

Une équipe pour préparer le patient

La prise en charge du patient obèse nécessite donc une approche pluridisciplinaire. A la Clinique des Grangettes, le Dr Chassot collabore ainsi avec deux spécialistes en médecine interne, une psychologue et une diététicienne. Tous ces professionnels travaillent ensemble pour accompagner le patient avant, pendant et après son opération.

Le programme du patient est élaboré en fonction de ses besoins, définis lors d'un premier entretien avec le Dr Chassot. Si des troubles du comportement alimentaire sont diagnostiqués, la psychologue – Emilie de Lubersac – est mise à contribution. Cette spécialiste installée en Ville de Genève applique la méthode dite cognitivo-comportementale. Son principe consiste à identifier les situations, pensées ou événements qui poussent la personne à manger (ennui, stress, colère, etc.). Tout en travaillant sur ces différents aspects, la psychologue propose au patient différentes techniques permettant de mieux gérer ses pulsions.

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