André Raboud, un instinctif
«en quête d'absolu»

de l'Amazonie et de l'Inde, autant de voyages, autant de jalons qui orientent le cours de son chemin artistique. Il évoque encore le temple de Tical au Guatemala, dans la forêt du Peten, "où deux sculptures se font face, si puissantes, si habitées qu'on perçoit la dimension sacrée de l'espace qui les séparent et qu'elles délimitent à la fois". La pierre sculptée, dit-il, peut transformer l'espace autour d'elle.

Pierre «radiale»

Curieux de tous les ailleurs, il s'est intéressé à la culture celte et la tradition du compagnonnage: "Les pierres angulaires posées par les compagnons étaient toujours vertes et en serpentine. Cette matière est également sacrée chez les Mayas, au Japon et en Inde. La pierre verte est celle des eaux profondes, elle est première et "radiale". Elle exerce un effet de neutralité sur les autres et équilibre l'influence des pierres de terre, rouge, dont l'énergie peut-être excessive. D'ailleurs, dans les jardins zen, on pose toujours des pierres vertes polies par le temps."

On pourrait l'écouter encore longtemps parler de la nécessité de créer des sculptures "qui irradient". Il y a du sorcier dans ce personnage qui semble avoir le don à la fois de la légèreté et de la gravité. Sans doute "bon vivant" à ses heures, il se définit lui-même comme "un instinctif en quête d'absolu". A quoi bon, dit-il, casser des cailloux pour en extraire des formes si celles-ci ne sont pas remplies par le souvenir, la douleur, le vertige du destin humain ? Grangettes

Brève rencontre à Saint-Tryphon avec un artiste
un peu sorcier dont l’oeuvre fascine
et dont les sculptures décorent le parc des Grangettes.

Les sculptures du parc des Grangettes

A

ucune concession à la couleur, dans les sculptures d'André Raboud: elles sont noires, souvent monumentales, en granit des Indes ou d'Afrique. On peut en voir en Valais, en Hollande, au Japon, à Genève. Particulièrement dans le parc de la Clinique des Grangettes, où il y en a quatre. L'une d'elles, intitulée "Chemins verticaux", est une invitation au voyage: venue des origines du monde, une barque de pierre glisse sur la rivière du temps. Vers quelle destination? On pense au Styx, à Moïse sauvé des eaux...

Comme souvent dans l'œuvre de l'artiste franco-suisse, qui sculpte depuis bientôt quarante ans, l'écho des mythes résonne à la surface d'une matière à la fois polie et acérée. "Le passage est un des thèmes sur lequel je travaille depuis longtemps", explique-t-il. Le sculpteur a gagné de nombreux concours internationaux, beaucoup exposé et parle de son travail pour les Grangettes comme "d'une très belle aventure". Il sculpte désormais pour réaliser des expositions, quand ce n'est pas "juste pour le plaisir".

Et toujours de grandes pièces. Depuis début 2007, il en a déjà vendu trois, dont une à la ville d'Aigle.

Succès précoce

André Raboud a connu le succès assez vite. Pourtant, sa simplicité est à la mesure de son talent, qui est très grand. Par les fenêtres de sa maison de Saint-Tryphon, on voit un bout de jardin de rêve: herbes un peu folles et vieux rosier rose ébouriffé. Car les végétaux représente son autre passion, et dans le Sud de la France où il vit une partie de l'année, il a planté des variétés exotiques, histoire peut-être de se rappeler ses vagabondages.

Mais pour l'instant, il parle de son choix du granit " une matière très belle, sans concession, très dure aussi et dans laquelle les cassures sont les plus vives"; du Japon, où il a travaillé sept mois et où trois musées, dont celui d'Hiroshima, ont acheté des sculptures;

Elisabeth Gilles

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